Chaque année, le spectacle coloré des géraniums et pélargoniums sur les balcons, terrasses et dans les jardins prend fin avec l’arrivée du froid. Contrairement à une idée reçue, ces plantes emblématiques de nos étés ne sont pas condamnées à disparaître avec les premières gelées. Originaires d’Afrique australe, elles sont en réalité des vivaces qui, avec des soins appropriés, peuvent survivre à l’hiver pour refleurir magnifiquement l’année suivante. L’hivernage est une technique de jardinage accessible qui permet de préserver ces végétaux et de réaliser des économies substantielles. Il s’agit d’un processus méthodique qui requiert une bonne préparation, le choix d’un lieu adéquat et un entretien minimal durant la période de dormance.
Quand rentrer les géraniums et pélargoniums ?
Le signal des températures
Le moment crucial pour rentrer les géraniums et pélargoniums est dicté par le thermomètre. Il est impératif d’agir avant les premières gelées. Ces plantes, botaniquement classées dans le genre Pelargonium, ne supportent pas les températures négatives. Le gel endommage leurs tissus cellulaires de manière irréversible, entraînant la mort de la plante. La surveillance de la météo locale est donc essentielle dès le début de l’automne. En règle générale, lorsque les températures nocturnes commencent à descendre régulièrement en dessous de 5°C, il est temps de préparer leur retrait.
Un calendrier variable selon les climats
La date précise pour rentrer les plantes varie considérablement en fonction de la zone géographique. Une planification est nécessaire pour ne pas être pris au dépourvu par une chute soudaine des températures.
| Région climatique | Période recommandée | Vigilance particulière |
|---|---|---|
| Régions montagneuses | Dès la fin septembre | Gelées précoces et fréquentes |
| Nord et Est de la France | Mi-octobre à fin octobre | Variations rapides de température |
| Ouest et Sud-Ouest | Début novembre | Hivers plus doux mais gelées possibles |
| Climat méditerranéen | Fin novembre ou culture en pleine terre possible avec protection | Hivers généralement hors gel |
Il est toujours préférable de pécher par excès de prudence et de rentrer les plantes un peu trop tôt plutôt qu’un jour trop tard. Une seule nuit de gel peut anéantir tous les efforts de la saison.
Une fois le bon moment identifié, une préparation minutieuse des plants est indispensable pour maximiser leurs chances de survie.
Préparer les plantes pour l’hivernage
Une taille de préparation indispensable
Avant de les stocker, il est crucial de tailler sévèrement les géraniums. Cette opération a plusieurs objectifs : réduire l’encombrement, limiter l’évaporation et concentrer l’énergie de la plante dans ses racines. À l’aide d’un sécateur propre et désinfecté, il convient de rabattre les tiges à une hauteur de 10 à 15 centimètres. Il faut couper juste au-dessus d’un nœud (le point de départ d’une feuille) pour encourager une future ramification. Cette taille peut sembler drastique, mais elle est essentielle à une bonne reprise au printemps.
Le nettoyage sanitaire de la plante
Un nettoyage complet doit suivre la taille. Cette étape vise à éliminer les risques de maladies et de parasites qui pourraient proliférer durant l’hiver dans un environnement confiné. L’usage est de procéder méthodiquement.
- Retirer toutes les feuilles restantes, qu’elles soient vertes, jaunes ou sèches.
- Supprimer les dernières fleurs et les boutons floraux.
- Inspecter attentivement les tiges et le collet à la recherche de pucerons, de cochenilles ou de signes de pourriture.
- En cas de présence de parasites, un traitement léger avec du savon noir dilué peut être appliqué avant la mise en repos.
Pour les plantes en pleine terre, il faut les déterrer délicatement avec une fourche-bêche, en prenant soin de préserver au maximum la motte de racines. On secoue ensuite doucement l’excès de terre.
La préparation effectuée, le succès de l’hivernage dépend désormais en grande partie du lieu choisi pour abriter vos protégées.
Choisir le lieu de conservation idéal
Les critères fondamentaux du local d’hivernage
Le lieu de stockage parfait doit répondre à trois critères principaux : il doit être frais, sombre ou peu lumineux, et surtout hors gel. Une température trop élevée empêcherait la plante d’entrer en dormance et l’épuiserait. Une luminosité importante combinée à une chaleur modérée encouragerait une croissance faible et étiolée. La protection contre le gel est, bien entendu, non négociable.
Comparaison des options de stockage
Plusieurs endroits de la maison ou de ses dépendances peuvent convenir, chacun avec ses spécificités.
| Lieu | Température moyenne | Luminosité | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|---|
| Garage non chauffé | 5 à 10°C | Faible à nulle | Souvent disponible, température stable | Manque de lumière pour la reprise |
| Cave aérée | 8 à 12°C | Nulle | Bonne obscurité, humidité constante | Risque de pourriture si mal ventilée |
| Véranda non chauffée | 10 à 15°C | Élevée | Idéal pour une dormance légère et une reprise précoce | Peut être trop chaude les jours ensoleillés |
| Cage d’escalier | 12 à 16°C | Moyenne | Accessible pour la surveillance | Souvent trop chauffée |
Les lieux à proscrire
Il faut absolument éviter les pièces de vie chauffées comme le salon ou la cuisine. L’air y est trop chaud et trop sec, ce qui épuiserait la plante et favoriserait les attaques d’araignées rouges. De même, un abri de jardin non isolé n’offre aucune protection fiable contre les fortes gelées.
Le lieu idéal étant défini, plusieurs techniques existent pour conserver physiquement les plants durant l’hiver.
Méthodes pour hiverner les géraniums et pélargoniums
La méthode classique en pot
Pour les géraniums déjà cultivés en pots ou en jardinières, c’est la méthode la plus simple. Après la préparation (taille et nettoyage), il suffit de placer les contenants dans le local d’hivernage choisi. Il est conseillé de réduire la motte de terre si le pot est très grand pour gagner de la place, et de regrouper plusieurs plants dans un même grand bac rempli de sable ou de tourbe légèrement humide.
La conservation à racines nues
Cette technique est particulièrement adaptée aux plantes issues de massifs en pleine terre et permet un gain de place considérable. Une fois les plants déterrés et préparés, on secoue la terre des racines. Plusieurs options de stockage existent alors :
- Suspendus la tête en bas : Attacher les plants en petits bouquets et les suspendre à une poutre dans la cave ou le garage.
- En sac papier : Placer chaque plant dans un grand sac en papier (type sac à provisions) et fermer le haut.
- En caissette : Coucher les plants les uns à côté des autres dans une caisse en bois ou en plastique, en recouvrant les racines de sable sec ou de copeaux de bois.
Cette méthode demande une surveillance accrue car les racines sont plus exposées au dessèchement.
Le repiquage en bac commun
Une alternative consiste à repiquer les plants préparés de manière très serrée dans un grand bac ou une jardinière remplie d’un substrat léger et drainant, comme un mélange de terreau et de sable. Cela permet de conserver un minimum d’humidité autour des racines tout en optimisant l’espace.
Une fois les géraniums installés dans leur quartier d’hiver, ils ne doivent pas être totalement oubliés. Un suivi minimal est requis pour les maintenir en vie.
Entretien pendant l’hivernage
Un arrosage minimaliste
L’erreur la plus fréquente durant l’hivernage est l’excès d’arrosage, qui provoque la pourriture des racines et du collet. La plante étant en dormance, ses besoins en eau sont extrêmement limités. Un arrosage très léger, une fois par mois, est largement suffisant pour simplement empêcher le dessèchement complet de la motte ou des racines. Pour la méthode à racines nues, une légère vaporisation d’eau sur les racines tous les mois et demi peut être bénéfique.
La surveillance sanitaire
Même en dormance, les plantes restent vulnérables. Il est conseillé de les inspecter toutes les trois à quatre semaines. Il faut rechercher l’apparition de moisissures grises (botrytis) sur les tiges et retirer immédiatement toute partie atteinte. Une bonne aération du local, en profitant d’une journée douce, permet de renouveler l’air et de limiter les risques de développement de maladies fongiques.
Après plusieurs mois de dormance, l’arrivée des jours plus longs et des températures plus douces annonce la fin de la période de repos et le début d’une nouvelle saison de floraison.
Sortir et entretenir les géraniums au printemps
Le réveil progressif
Dès la fin du mois de février ou le début du mois de mars, il est temps de commencer à réveiller les géraniums. Il faut les sortir de l’obscurité totale et les placer dans un endroit plus lumineux et un peu plus chaud (autour de 15°C), comme une véranda ou près d’une fenêtre bien exposée. C’est également le moment de reprendre les arrosages de manière très progressive, en laissant le substrat sécher légèrement entre deux apports d’eau.
Rempotage et taille de finition
Après deux à trois semaines, lorsque de nouvelles petites pousses vertes apparaissent, il est temps de procéder au rempotage. On sort les plants de leur ancien contenant, on démêle délicatement les racines et on les place dans des pots individuels remplis d’un terreau neuf et de qualité, spécial géraniums si possible. Une taille de finition peut être effectuée pour supprimer les bouts de tiges qui auraient séché durant l’hiver et pour donner une belle forme à la plante.
L’acclimatation avant la sortie définitive
La dernière étape, et non la moindre, est l’acclimatation. Il ne faut jamais passer les plantes directement de l’intérieur à l’extérieur. Le choc thermique et lumineux leur serait fatal. Il faut les « endurcir » en les sortant quelques heures par jour, d’abord à l’ombre, puis progressivement au soleil, sur une période d’une à deux semaines. La sortie définitive ne se fera qu’après les dernières gelées tardives, traditionnellement passées les Saints de Glace à la mi-mai.
Mener à bien l’hivernage des géraniums et pélargoniums est une démarche gratifiante pour tout jardinier. En respectant les étapes clés, du choix du moment pour les rentrer à leur réacclimatation progressive au printemps, il est tout à fait possible de conserver ses plants d’une année sur l’autre. La préparation par la taille et le nettoyage, le choix d’un local frais et hors gel, et un entretien hivernal minimaliste sont les piliers de la réussite. Cette pratique permet non seulement de pérenniser ses plantes favorites mais aussi de les voir se fortifier et devenir plus florifères saison après saison.
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